Une fois de plus, le système français dit de « l’alternance », « démocratique », accouche d’une sinistre continuité, monomaniaque, avec deux candidats dont les ressemblances sont telles que certains passent leur temps au « jeu des différences », certaines ou fictives. Passons sur les généralités qui errent ici ou là : « les Français ont… », « mais pourquoi les Français ont… » ?, comme si celles et ceux qui n’ont pas voulu de ce sempiternel retour du même n’existaient pas et n’avaient pas dit autre chose. Or, entre l’abstention et les voix portées sur les autres candidatures, la majorité civique ne voulait pas ni de ce scénario ni de ces affreux. Mais comme l’expliquait Adolphe Thiers à ses amis royalistes et grand-bourgeois qui s’inquiétaient de voir une « République » s’installer, c’est un régime bien plus apte à permettre de faire faire ce que l’on veut, à la majorité qui n’a pas à décider, et qui, en outre, par la « légitimité du vote », permet aux gouvernants de prendre des mesures sévères en alléguant de leur « représentativité ». LEUR République est une royauté, dissimulée, y compris avec son aristocratie à laquelle peu lui donne son vrai nom. La manière dont le RN-FN est, bien, traité par les médias dominants, de l’Etat et de quelques milliardaires, amis et soutiens, pour la plupart, de l’actuel président, prouve que les héritiers de Thiers votent, en premier, Emmanuel Macron, et, en second, si nécessaire, Marine Le Pen, et que la candidate du RN sert à neutraliser le vote populaire, en le faisant marcher, par des effets hypnotiques, pour lui faire prendre des musulmans pour des terroristes et ainsi de suite. Tout roule comme sur des roulettes. Et on incite même l’électeur à jouer à la roulette russe, en lui donnant un revolver entièrement chargé. Et quand il croit tirer sur les terroristes, c’est lui qu’il tue. Oui, un éditorialiste « embedded » dans cette escroquerie a bien eu raison de l’appeler « le suicide français », mais ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’il fait partie de celles et ceux qui contribuent à cette mort. D’autant qu’il faudrait approfondir une autre hypothèse : non pas celle d’un suicide, mais d’un assassinat. Pourquoi ? Alors que nous sortons d’une période où il fut tant question des malades devenant des morts à cause ou d’un virus ou des mauvais choix politico-sanitaires imposés par le gouvernement d’Emmanuel Macron (et l’indétermination sociale sur cette question a permis qu’il ne lui soit pas tenu rigueur de tous ces morts), revoilà que la mort vient frapper à nos portes, à travers une guerre en Ukraine qui, si nous n’y prenons garde, pourrait se rapprocher, mais aussi à travers une guerre civile en France qui est en train de redevenir un état permanent et un horizon proche. Un état permanent : la France est un pays à cran, et ce depuis des décennies, des siècles. Avant 1789, il y eut des révoltes, majeures et mineures, chaque année, et depuis 1789, la clarification politique des situations et des positions des uns et des autres n’a cessé de provoquer des crises, des affrontements, des blessés et des morts. Mais il y a une différence évidente entre une guerre civile, larvée, à bas bruit, et une guerre civile explicite. Or, la France est prête à passer de la première à la seconde, parce que les contradictions pratiques et théoriques atteignent un tel niveau de tension qu’il faut les résoudre. Mais quand il s’agit d’être violent, certains y ont beaucoup plus de facilité, de goût, y sont mieux préparés, quand d’autres y viennent, à reculons, ou sous la force des événements. L’extrême-droite habite ces représentations de la confrontation armée entre Français. Elle ne cesse de théoriser et de thésauriser dessus, depuis des années, et notamment ces derniers mois. Le programme de la candidate du RN, qui, sur de nombreux points, est inconstitutionnel, conduirait, mécaniquement, à des affrontements violents, et à des morts, lesquels seraient instrumentalisés par elle, dès lors qu’elle aurait autorité sur la police et sur l’armée, dans lesquelles elle a déjà tant et trop de soutiens. Par exemple, affirmer que « le voile », pour des femmes, musulmanes, serait interdit d’être porté dans l’espace public (et après dans l’espace privé ? et après, les musulmans seraient déportés, comme un autre candidat affirmait vouloir le faire ?!), susciterait des affrontements entre des citoyens, des milices RN et les « forces de l’ordre ». Un acte terroriste viendrait-il à être commis par un djihadistes ? On comprend dès lors qu’il faudrait assister à des rafles, à des arrestations massives, à des violences qui susciteraient en retour d’autres violences. En quelques semaines, la France éprouverait une guerre civile, avec son cortège de cadavres, qu’il s’agisse de victimes ou de criminels contre lesquels une vengeance aura été accomplie. Mais, si de son côté, Emmanuel Macron ne semble pas vouloir s’engager sur une telle voie, il incarne et soutient, lui aussi, un projet de violences, les violences économiques, qui sont les conditions de toutes les autres, y compris par une guerre civile. Nouvelle phase de déréglementation du travail, nouveaux avantages octroyés aux plus fortunés dans le même temps que les plus pauvres se voient attaqués dans le peu auxquels ils ont droit, retraite avec âge légal de départ à 65 ans, baisse des droits au chômage alors que l’activité économique est poussive, provoquant ainsi un chômage élevé, laisser faire face à l’augmentation des prix : le programme d’Emmanuel Macron est un appel à manifester, sauf qu’il a militarisé les forces de l’ordre, et que chaque manifestation d’une taille conséquente voit celles-ci agresser les manifestants, volontairement et « gaiement ». Autrement dit : face à une nouvelle insurrection « Gilets Jaunes », il y a tout à craindre des décisions d’EM, et si des citoyens devaient y perdre la vie, une spirale pourrait s’enclencher et conduire à cette guerre civile. Le même résultat, par d’autres moyens. Mais pourquoi cette classe politique en France a t-elle les yeux de Chimène pour ces violences contre la majorité de la population ? Pourquoi ces dirigeants, élus RN compris, veulent-ils faire tant de mal à des Français et à la France ? C’est en s’écartant hors de ce marigot français qu’il est possible de comprendre ce qui ne tourne pas rond en France. Si, dans la plupart des pays du monde, les relations sociales sont marquées par des tensions diverses, la nature de ces tensions est, en France, multiple, et leur niveau très élevé. Il y a une atmosphère d’inimitié sociale à priori, étonnante, sidérante, insupportable. Et il suffit de quitter la France pour ne pas la retrouver et pour respirer. Le système politique est si intériorisé par chaque Français qu’il ou elle pense, en « président(e) », comme il y a autant de sélectionneurs pour l’équipe de France de football. Mais ce qui est ludique et comique avec le football devient tragique avec la politique. Bombardés de législations, les Français légifèrent dans leur for intérieur sur tous les sujets. Et des médias de « commentaires de l’actualité » contribuent à. La laïcité autorise t-elle le voile religieux dans l’espace public ? Depuis des années, des citoyens, qui se prétendent être les plus laïques, contestent ce fait et ce droit, et entendent imposer leur désir, pour en faire une législation. D’un citoyen à l’autre, l’autre devient l’adversaire ou, pire, l’ennemi. Et pour l’extrême-droite, son sectarisme la conduit à une équation simple : ne sont pas nos ennemis ceux qui sont comme nous et avec nous, et sont nos ennemis, les autres. Et, pour eux-mêmes, ces citoyens entendent s’octroyer le maximum de droits, et concernant leurs « ennemis », le maximum d’exigences ou de contraintes, quand ce n’est pas même de les expulser hors de France. Ceux-là se permettent de penser qu’ils peuvent penser et décréter qui est français et qui ne l’est pas : il ne suffirait plus d’avoir des papiers, il faudrait être un « bon » citoyen, sinon… Le résultat de ce Gallica Homo-Praeses (ce français homme-président), est que si tout ne marche pas comme il le veut, il est en fureur. Ceux-là n’autorisent et ne s’autorisent plus, ni diversité des idées, ni diversité des personnes, ni diversité des cultes, ni tranquillité, ni activités créatrices. Il faut enrégimenter. Il s’agit là de la conséquence de la place prise par les professionnels de la politique dans la vie sociale en France : une place trop importante, et notamment au regard de leur productivité. Parce que ces professionnels qui ont tant d’exigence envers les Français en ont peu pour eux-mêmes. Ils parlent souvent de ce que coûtent, telle ou telle « dépense sociale », « allocation ». Mais, évidemment, ils sont silencieux sur ce qu’ils coûtent, à la France et aux Français. Il serait intéressant que des savants étudient ce que nous ont fait perdre ou gagner telle ou telle politique, en un quinquennat, en général, et en particulier par les décisions économiques. Et si les salaires et les retraites de ces élus étaient indexés sur leurs résultats économiques ? Pour qu’un pays soit vivable et bénéficie de stabilités fondamentales, les droits et les devoirs de chacun(e) doivent eux aussi ne pas varier tous les quatre matins, et être déterminés par des principes équitables. La violence politique française traduit un déséquilibre des droits et des devoirs entre les riches et les pauvres, entre les élus, les puissants et les citoyens. En France, il n’est pas trop tard, parce qu’il n’est jamais trop tard, pour en revenir à la raison. Mais les premiers concernés par ce rappel à la « loi de la raison » sont les dirigeants eux-mêmes. Ils doivent cesser de jouer avec la France, avec le feu. et puisqu’ils ont pris trop de place dans la vie sociale en France, il faut qu’ils acceptent une réforme constitutionnelle, une réorganisation des pouvoirs et des attendus de ces pouvoirs. Idéalement, il s’agirait de diminuer l’activité législatrice, avoir plus de temps dédié à la connaissance des réalités et à leur évaluation, à ne pas managériser les métiers, en permettant aux travailleurs qui connaissent mieux leurs métiers que des « experts Mac Kinsey », de pouvoir dire ce qu’il faut garder et ce qu’il faut changer dans leurs activités. En suivant de telles règles, le gouvernement finissant se serait épargné plusieurs « réformes » et aurait aussi épargné nombre de citoyens. Il faut que les élus des plus hauts niveaux cessent de se prendre pour des démiurges qui peuvent et qui doivent tout détruire et tout reconstruire, selon leurs caprices ou leurs croyances.
You are Here
- Home
- Uncategorized
- Entre-deux tours de l’élection présidentielle en France : pourquoi des programmes politiques aussi violents ?